Comment naquit le premier numéro
du "Molignard" en avril 1973


Dix ans viennent de s'écouler depuis le 2 février 1973, jour de ma conception. Ce jour-là, se trouvait réuni, à "L'Ecurie", ancien dancing de Maredret, le Comité du Syndicat d'Initiative et du Tourisme de la Molignée (S.I.). Autour de son Président, Jean Cobut, s'y étaient donné rendez-vous les membres suivants (par ordre alphabétique) : Guy Cobut, Albert Delhaye, propriétaire du Château-Ferme de Falaën, Jean Fivet, Fernand Hannevart, Léon Hody (†), Adolphe Jadot, votre serviteur, Michel Léonard (†) des "Marronniers", Michel Léonard, de Falaën, Constant Minet (†), créateur du Bassin de Natation de Falaën, Jules Piron et Jean Vereycken.

Retournons le sablier du temps et disons que j'avais été accueilli au S.I. en fin 1971. Au fil du temps, force m'était de constater l'inanité de certaines recommandations du S.I. restant souvent un voeu pieux dès lors qu'elles sollicitaient la collaboration de la population.

Voici un fait concret. En 1971 ou en 1972, le S.I. exprimait un souhait traduit sous forme de slogan : "Vallée de la Molignée - Vallée fleurie". En clair, le S.I. invitait les habitants de la vallée à embellir leur façade en les ornant de fleurs, rendant ainsi plus attrayante la vallée aux yeux de ceux qui la découvraient. Se faisant de "bouche à oreille", ce souhait ou cette recommandation resta lettre morte. L'inefficacité totale se révélait crûment conséquence d'un manque d'information écrite : celle qu'on lit, qu'on "médite" et qui reste. Cette lacune devait être comblée.

Ainsi me vint l'idée de diffuser un bulletin "toutes boîtes" qui deviendrait le trait d'union entre le S.I. et les gens de chez nous. Le S.I. tirerait parti d'un moyen d'action efficace lui permettant d'expliciter et de commenter ses propres recommandations, d'éveiller la conscience des lecteurs aux potentialités touristiques, économiques et culturelles de la région, de refléter le caractère agreste de l'entité. Par le fait même, les rapports de bon voisinage s'affineraient, de nouvelles relations se créeraient entre les divers groupes sociaux de nos villages dont les habitants mieux informés se sentiraient davantage en communion d'idées.

Des discussions naîtraient et d'aucuns éprouveraient l'envie de nous écrire soit par souci de réciprocité, soit pour nous conter le trésor de leur bon vieux temps, soit encore pour nous suggérer quelque idée. Déjà en 1973, on percevait un certain engouement pour les "choses" du passé. Il y avait alors le prodigieux succès des anciennes chansons françaises interprétées par Jack Lantier, les chansons souvenirs de Gérard Noël à la R.T.B.F. Mons, les lundis de l'accordéon de J.-M. Marchal depuis Namur. Ce phénomène s'est amplifié depuis lors. Aujourd'hui, on retrouve toujours les chansons souvenirs depuis Liège, les émissions "Seniorama" à la Télé avec Michel Lemaire, les émissions de Radio-Montmartre (à Paris) découvrant la richesse des chanson de la "Belle Epoque" et en en faisant son menu de tous les jours.

Une gageure devait être tentée, celle d'établir un "courant" entre le S.I. et l'opinion publique, et vice-versa.

Or donc, ce 2 février 1973, la question de diffuser un bulletin se trouve inscrite à l'ordre du jour de la réunion du Comité du S.I. Le principe de "publier quelque chose" recueille l'unanimité. En dernière analyse, le choix et la volonté du Comité du S.I. se portent vers la réalisation et l'édition d'un périodique trimestriel. Il sera distribué gratuitement dans toute la région. Le financement de l'opération (l'impression notamment) sera couvert par la publicité. Le premier numéro devra sortir de presse aux environs de Pâques (avril 1973). A toutes ces décisions, venait se greffer un corollaire : celui d'étendre la zone d'action du S.I. Molignée, jusque là limitée entre Warnant et Ermeton-sur-Biert, à l'entité hydrographique de la Molignée et du Flavion. Le "Molignard" alait ainsi "faire son entrée" partout à : Anthée, Biesmerée, Bioul, Corenne, Denée, Ermeton-sur-Biert, Falaën, Flavion, Furnaux, Gérin, Haut-le-Wastia, Maredret, Morville, Rosée, Salet, Serville, Sosoye, Stave, Warnant et Weillen.

Dès le 3 février 1973, les problèmes surgissent dans leur froide réalité et nous donnent la chair de poule. La tâche est énorme et les "ouvriers" peu nombreux, mais elle ne nous fait pas reculer devant l'ampleur du labeur qui nous attend. Deux des trois principaux problèmes, à savoir la prospection de la publicité et la recherche d'articles à publier (in fine leur rédaction), doivent trouver une solution dans l'immédiat. Le troisième, l'imprimeur et l'impression, nous laisse un certain répit.

Le premier objectif à réaliser - il est vital - n'était autre que le financement de l'opération. Traduisez : la prospection de la publicité, entreprise délicate et fastidieuse s'il en fut. Elle se répartit en deux secteurs : à l'est, Michel Léonard (†) des "Marronniers" et à l'ouest, Jules Piron et votre serviteur. Par monts et par vaux, nous allions quémander dans des portes à portes monotones et lassants la manne qui devait assurer la parution du premier numéro. L'accueil que nous rencontrions était plutôt réservé. Le scepticisme se lisait dans les regards, se traduisait dans les paroles. Souvent, il nous fallait savoir faire contre mauvaise fortune bon coeur. Néanmoins, nous reprenions courage décidés d'atteindre le but fixé. Tant bien que mal, le premier point semblait acquis et vers le 20 mars, tous comptes faits, les deux bouts se rejoignaient presque.

Tout en étant moins astreignant, le second objectif se présentait néanmoins pressant au portail. Il s'agissait de tresser une trame d'articles qui pussent intéresser et frapper l'ensemble des futurs lecteurs. A ce sujet, j'avais bien un "canevas". Matérialisé, il me donnait des sueurs froides que nécessitaient les recherches bibliographiques, les interviews, les coups e fil, la réflexion et enfin la rédaction. Je désirais, en outre, m'assurer le concours de "gens du coin" donnant ainsi un certain éventail d'idées au nouveau périodique. En résultait un nouvel impératif, celui de battre la campagne à la découverte et à la recherche de collaborateurs bénévoles, recherche induisant les discussions de sujets à traiter, leur rédaction et les délais impératifs de l'impression. Que de kilomètres parcourus et que de soirées passées à "meubler" le premier numéro ! Quel travail harassant ! Les divers éléments du "casse-tête" rassemblés, restait à assembler le puzzle en collaboration avec feu Michel Léonard, co-éditeur responsable.

Et, last but not least, l'imprimeur était à dénicher et l'impression devait "arriver à temps". Avec Jean Fivet, nous nous mîmes à ta tâche et notre accord se fit sur l'imprimerie Raoul MACAUX d'Anthée. Au départ, on n'imagine pas les difficultés qui se font jour de ce côté-là. Novices que nous étions en la matière, nous découvrions, ébahis, les arcanes d'un métier qui faisaient appel à toutes sortes de calculs (format, caractères, ciceros, assemblage, etc.). Au fur à et mesure de leur rédaction, les articles étaient acheminés aussitôt vers l'imprimeur. En 1973, on ne pouvait imaginer, comme aujourd'hui, de remettre le "tout" à l'imprimeur en une fois. C'est que l'imprimerie de 1973, de caractère artisanal, recourait à la linotype, aux caractères en plomb et à une main-d'oeuvre occasionnelle. C'était un peu "l'âge de la pierre" en regard des progrès réalisés depuis lors à savoir la photocomposition, les réducteurs et agrandisseurs d'images ou de textes. Compte tenu des délais de parution impératifs, il était hors de question de vouloir corriger une coquille ou une faute d'orthographe. Il aurait fallu pour cela refondre toute une ligne (ou des lignes), la ou les recomposer à la linotype et la ou les réinsérer dans les textes. Ce furent enfin les faux bonds de l'imprimeur retardant d'une dizaine de jours la date de parution initialement prévue.

Enfin, "le jour de gloire arriva". Un matin, très tôt, l'imprimeur me remettait les "colis" de "Molignard". Je les acheminais sur-le-champ aux bureaux de postes d'Anthée et de Mettet. Ainsi le premier "Molignard" faisait son entrée matinale dans tous les foyers de notre entité.

Pour la petite histoire, sachez que la trouvaille du titre "LE MOLIGNARD" est le fait de Michel Léonard de Falaën, que la décoration originale de la première page est due au talent de Mesdames Michel Léonard et Paul Taelman, que les trois délicieux quatrains en wallon sont l'oeuvre de Jean Fivet.

Et maintenant, rappelons les noms des pionniers et résumons ce qu'ils avaient écrit dans ce premier numéro :

Raymond Tirions (†), ancien instituteur en chef de Stave, faisait redécouvrir les joies des fêtes communales à Stave dans l'Entre-Deux-Guerres ;

Jules Fivez, dans un wallon truculent, défendait la langue wallonne, contait l'histoire et le folklore de Biesmerée et nous annonçait l'inauguration prochaine de la nouvelle église selon les plans de l'architecte Kroll ;

Fernand Hannevart, ancien instituteur à Sosoye, décrivait la vallée de la Molignée ;

Joseph Adelaire, de Sosoye, rappelait, en wallon, la nostalgie des trains à vapeur de la Molignée ;

Le P. Théodore de l'Abbaye de Maredsous faisait part de ses espoir d'une restauration ferroviaire possible de la ligne de la Molignée, espoirs vains aujourd'hui au vu du plan de restructuration de la S.N.C.B. ;

Albert dè mon Bèka évoquait ses souvenirs d'enfance et d'écolier d'in vî Furnatî.

Claudette Da Re, de Salet, s'adressait, en italien, à ses compatriotes émigrés du nord de l'Italie, elle réveillait dans leur coeur la nostalgie du pays natal ;

Maxi Seleck (†), de Maredret, faisait revivre les soucis et les joies du Tirage au sort d'antant, les pépins d'une première guimbarde en 1904, la "vie dure" du début du siècle ;

L'Editorial du Président Jean CobUT saluait le "nouveau-né" et entrevoyait un dialogue fructueux entre le S.I. et ses lecteurs.

Quant à votre serviteur, il dressait un inventaire des "curiosités" de tous nos villages, le tout agrémenté de photos de Fabrice Fivet ; il analysait le "Tourisme en milieu rural : atout économique de notre région", notamment les 30 heures/semaine de Jean Fourastie (on finira par y arriver) entraînant plus de loisirs, la création de gîtes ruraux dans le "Flavion" (il s'en est créé un à Rosée), l'installation de plans touristiques, d'aires de repos, de tables et de bancs rustiques, les chars à bancs, les balades pédestres, l'élargissement du Comité du S.I. au "Flavion" (tout cela s'est concrétisé depuis), le train touristique (en voie de réalisation) ; il brossait un sommaire du programme de développement du Bureau Economique de la Province et relevait ses incidences sur l'économie de notre entité ; il commençait un examen de l'épineux problème de la Régionalisation, symphonie inachevée tant sur son équitable application que sur l'aboutissement de l'article 107 quater de la Constitution.

Fabrice Fivet joignait un éventail de jeunes de chez nous.

Telle fut l'histoire du premier numéro du "Molignard" en 1973.

Les fusions de communes en 1976 ont amené l'absorption des anciennes communes de Sommière et de Onhaye.

Entre-temps, le S.I. Molignée devenait S.I. Molignée-Flavion.

Des relations cordiales se sont nouées, au fil du temps, avec des groupes amis et voisins dont les aspirations sont semblables aux nôtres ou qui se tournent vers d'autres pôles d'attraction. Entre autres, nous voulons citer les S.I. d'Anhée, d'Onhaye et de la haute-Meuse, les Amis de Montaigle, Li Kinket de Weillen-Onhaye présidé par Madame Lefebvre, les Amis du Rail à qui nous souhaitons bonne chance pour la prochaine circulation du train touristique de la Molignée, nouvelle attraction touristique.

Vive le "Molignard".

Le 28 février 1983.


A. Jadot

Le Molignard N° 2, avril-mai-juin 1983, pages 36 à 40.




     Adolphe Jadot.
       Noël 1977.